Nicolas Colsaerts : “Le golf était devenu accessoire”



Touché l’automne dernier par une néphropathie membraneuse primaire, une maladie rénale rare qui attaque les reins et fragilise le système immunitaire, Nicolas Colsaerts a retrouvé le sourire. Il n’est pas encore complètement guéri mais il a bien réagi aux traitements qu’il suit à Dubaï. Et dès ce jeudi, l’éternel “Belgian Bomber” sera l’une des grandes attractions du “Soudal Open” qui se dispute sur le parcours anversois de Rinkven. À la veille de ce tournoi du circuit européen, il nous a accordé un entretien à cœur ouvert.

Nicolas, quelles sont les dernières nouvelles au niveau de votre état de santé ?

“Cela va beaucoup mieux. Les injections de Rituximad, un anticorps qui stimule le système immunitaire, ont porté leurs fruits. Je subis encore un traitement à baxe d’oxygénation à la clinique spécialisée Aviv de Dubaï, je prends des anticoagulants et je porte, si nécessaire, un masque. Mais j’ai pu reprendre une vie quotidienne quasiment normale. En revanche, pour le golf, la situation est forcément différente. Je m’entraîne sans soucis mais je manque, bien sûr, de compétition. Et au plus haut niveau, ça ne pardonne pas. Le Soudal Open sera un bon test pour la suite de la saison.”

Votre regard sur la vie a-t-il changé au travers de cette épreuve si inattendue ?

“Probablement, oui. Lorsque le diagnostic est tombé, en novembre dernier, au hasard d’une visite de routine à l’hôpital de Dubaï, c’est un peu comme si le monde était tombé sur ma tête. Jusque-là, je n’avais jamais eu le moindre pépin de santé. Juste une petite opération pour une dent de sagesse ! Et, là, je me retrouvais face à une maladie complexe qui attaquait mes reins et qui générait une perte de protéines, fragilisant du coup mon immunité. J’étais carrément perdu. Heureusement, j’ai vite repris le dessus grâce notamment à l’aide de mon épouse Rachel. C’est un roc. Je n’avais pas le droit de baisser les bras. Pour moi, pour elle. Pour nos deux enfants : Jackson, 4 ans, et Oliver, 8 mois. Mais il est clair que cette expérience a changé ma vision de la vie. Elle m’a rapproché de qui je suis vraiment. Un gars simple qui a grandi modestement rue du Marteau, près de Schaerbeek, entouré de ses parents. Elle m’a ouvert les yeux sur l’essentiel et l’accessoire. Elle m’a poussé à relativiser. Avant, il m’arrivait sûrement de juger les gens un peu vite. Ce coup du destin a remis toutes les choses à leur place.”

Avez-vous douté de pouvoir reprendre un jour votre métier de golfeur professionnel ?

“Sincèrement, dans un premier temps, le golf était devenu totalement accessoire. Je pensais d’abord à ma famille et à mes amis. À ma santé. Puis, en même temps que mon état s’améliorait, le golf a repris sa place. Ma fragilité immunitaire m’a interdit durant plusieurs semaines de voyager, a fortiori en période de Covid. Ce Soudal Open sera, en réalité, mon premier tournoi loin des Émirats depuis l’année dernière !”

Dans quel état d’esprit l’abordez-vous ?

“Je suis évidemment très heureux de reprendre la compétition en Belgique devant mes amis et mes supporters. C’est mon pays natal, c’est mon pays de cœur. Mais objectivement, je ne sais trop où j’en suis au niveau performance. À l’entraînement, tout est OK. Mais la compétition, c’est une autre dimension. Ce sera un vrai test à tous les niveaux. Il y a quelques semaines, suite aux traitements, je souffrais souvent de crampes et de fatigue. Je sens que cela va beaucoup mieux mais de là à défier les meilleurs joueurs européens dans un tournoi de haut niveau, c’est autre chose.”

Qu’en est-il de l’exemption médicale qui pourrait vous permettre de ne jouer que quelques tournois cette année et de reporter les autres à la saison prochaine ?

“C’est une piste. Rien n’est officiellement décidé. On verra dans les prochaines semaines où j’en suis physiquement. Si je suis capable de jouer cet été sur le Tour, je le ferai. Mais si je ne suis pas à même de défendre mes chances, l’exemption médicale pourrait être une bonne solution provisoire, le temps de retrouver la pleine forme.”

Il est beaucoup question actuellement, dans les coulisses du golf mondial, de ce nouveau circuit (Liv International Series) parrainé par l’Arabie Saoudite et qui entrerait en concurrence frontale avec le PGA Tour et le DP World Tour. Êtes-vous tenté par cette expérience ?

“Ce n’est pas d’actualité et je n’ai personnellement pas été contacté par les promoteurs. Je suis un gars loyal et je sais tout ce que l’European Tour m’a apporté durant ma carrière. Ceci dit, si je venais à perdre ma carte en Europe, il pourrait s’agir d’une option à étudier. Je suis curieux de voir comment ce projet va évoluer dans les prochains mois. Je sais que beaucoup de grands champions sont tentés. Il y a du pour et du contre.”

En attendant, on vous sent très heureux de retrouver la Belgique…

“Oui, bien sûr. Après avoir résidé durant plusieurs années à Monaco, je suis aujourd’hui installé à Dubaï. Les conditions climatiques ensoleillées sont idéales pour l’entraînement. La situation géographique est parfaite avec un hub aéroportuaire qui dessert toutes les destinations dans le monde. Tout est proche : l’école, la plage, les golfs. Mais, c’est vrai, l’ambiance ‘made in Belgium’ me manque souvent. Bon, d’accord, il y a des choses qui ne me plaisent plus trop à Bruxelles comme cette circulation de dingue avec un mélange incompréhensible de voitures, de vélos, de trottinettes. Mais je suis resté au fond de moi-même un vrai ketje de Bruxelles. Et l’esprit belge ne se retrouve pas ailleurs…”



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